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MARCHE AU POISSON: LE DG MISE SUR LE PARTENARIAT PUBLIC PRIVÉ

 


Dans cet entretien avec Rewmi Quotidien Abdou Mbaye, directeur général du marché au poisson dévoile ses ambitions et ses priorités.

Comment de personnes fréquentent le marché central par au poisson de Pikine par jour?

Vous savez que le marché central est un marché extrêmement important. Il a été ouvert depuis 1993 par la coopération japonaise qui l’avait offert à l’Etat du Sénégal. Donc, c’est le plus grand marché de la sous-région. Plus de 8.000 personnes aujourd’hui fréquent ce marché chaque jour et elles sont majoritairement des femmes qui s’activent beaucoup dans ce marché et qui jouent véritablement un rôle majeur. Donc sur ces 8.000 personnes-là bien entendu, il y’a plusieurs tranches. Les mareyeurs qui travaillent au sein du marché en temps plein. Il y’a aussi les femmes revendeuses qui viennent prendre du poisson pour aller l’éclater un peu partout dans la région de Dakar. Sans oublier ceux qui viennent acheter des poissons pour leur consommation personnelle à la maison.

Quel est le chiffre d’affaire journalier moyen généré par le marché ?

Il est important de savoir une chose c’est que les recettes sont divisées en deux parties. Aujourd’hui, il y’a les recettes des mareyeurs qui, je le rappelle, ont leur activité privée. C’est eux qui achètent et revendent du poisson. Donc, le marché n’a pas d’impact direct sur ça et les mareyeurs en fonction du tonnage qui rentre dans ce marché, la valeur commerciale avoisine plus d’un milliard tous les mois. Ça c’est une valeur commerciale qui transite. Maintenant pour le marché, on n’a pas de subvention. On n’a pas d’accompagnement de l’Etat directement. Bien entendu l’Etat nous accompagne sur l’eau, l’électricité etc  mais on n’a pas de subvention directe du budget de l’Etat. Donc, on a que nos recettes c’est-à-dire les 200 francs que les gens payent à l’entrée. Je ne peux pas trop m’épancher sur les recettes journalières mais, ça nous permet de gérer tant bien que mal le fonctionnement du marché.

Où en êtes-vous avec ce projet de la modernisation du marché ?

Vous savez que la modernisation c’est fait en plusieurs étapes. Quand on arrivait à la tête du marché en novembre 2017, le marché était dans une situation catastrophique. On devait même procéder à sa fermeture à l’époque mais avec l’aide de Dieu et la feuille de route qui nous a été édictée par les autorités, on a réussi en un temps record à moderniser complètement le marché. Le marché avait des ordures, des eaux usées, un manque d’organisation, les salaires n’étaient pas payés, l’administration était inexistante, il y’avait des fuites de recette. Mais, on a réussi, avec beaucoup de difficultés, à pouvoir remettre sur les rails le marché. Et ça, c’est la vocation normale d’un marché. Un marché il doit être propre, il doit être sécurisé, il doit être organisé. Maintenant on va vers une seconde étape de modernisation complète. En effet, notre chaine de froid est obsolète parce que sa durée de vie est terminée. On a aussi des difficultés d’assainissement et dans beaucoup d’autres points. Notre espace de vente qui doit être modernisé, le marché Djola etc. Mais, on est en train de suivre une étape importante de modernisation et ça demande petit à petit du temps. Et dans peu de temps beaucoup de choses vont changer. Je dois préciser que l’argent qu’on a ce n’est pas destiné à faire de gros investissements. Donc, on ne peut pas complètement changer notre chaine de froid parce que ça nécessite beaucoup d’argent. Mais, on est en train de travailler sur le partenariat public privé. Moi j’ai la conviction que le partenariat public privé est une nécessité pour permettre au marché de faire partir des leaders au niveau du continent. Nous sommes en train de travailler sur ce partenariat et ça nous permettra de poursuivre véritablement notre modernisation pour se positionner en leader dans le continent africain.

Est-ce que cette modernisation du marché va créer des emplois ?

Ça va créer beaucoup d’emplois surtout avec le projet direct qu’on a au niveau de l’espace de vente. Aujourd’hui, il y’a un manque d’organisation et des tabliers en bois sont posés un peu partout. On a actuellement 400 tabliers mais avec le nouveau projet on va passer à plus de 1.000 tables. Chaque table génère 2 à 3 personnes qui participent à l’activité. Donc, la modernisation complète du marché va changer des milliers d’emplois et bien entendu ça ne peut qu’être bénéfique surtout dans le contexte actuel où au niveau de la banlieue il y’a beaucoup de jeunes qui ont des difficultés. Je pense que la modernisation du marché va permettre à beaucoup de jeunes qui se trouvent au niveau de la banlieue de pouvoir bénéficier d’emplois et améliorer leur condition de vie.

Quelles sont vos ambitions en tant que directeur général ?  

Mes ambitions sont les ambitions de son excellence M le président de la République. Je veux participer à faire de telle sorte que notre pays soit un pays émergent, un pays respecté et respectable au niveau du continent. En tout cas pour moi ce qui m’a été confié, mon ambition ce n’est pas de faire ce marché central le meilleur marché du Sénégal. Tout le monde sait qu’on a eu à recevoir le satisfécit du ministre de l’hygiène publique qui a pris le marché comme exemple au niveau du Sénégal. Mon ambition ce n’est pas aussi d’en faire un meilleur marché au niveau du continent. Mon ambition c’est d’être parmi les trois meilleurs marchés au  niveau du continent africain, une référence dans le monde. Bien entendu Rome ne s’est pas construit en un seul jour. Le développement c’est un processus extrêmement complexe, extrêmement difficile qui nécessite beaucoup de sacrifice, beaucoup d’engagement, de rigueur, de discipline et de culte de travail.

Dans quel état avez-vous trouvé le marché et qui est-ce qui a changé depuis votre nomination ?

Beaucoup de choses ont changé (…). Quand je suis arrivé le marché était dans un état catastrophique. Un manque d’organisation, un manque d’hygiène, la saleté, les eaux usées, absence d’espace vert, etc. Aujourd’hui il y’a une chose qui m’a aidé à relever le défi c’est que je me suis dit que le monopole de la performance n’était pas dédié à un peuple, à un continent. Je me demande comment les européens et autres ont fait pour se développer ? La preuve je suis allé dans plusieurs pays et je n’ai jamais vu des djinns construire un  pays. Je me suis dit que tout est possible à part la mort et je me suis battu.

Je me levais à 2 heures du matin pour venir au marché à 3 heures et je rentrais à 22 heures le soir du lundi au dimanche. Je descendais sur le terrain pour nettoyer, pour balayer, pour ramasser des ordures etc. Je me suis dit que le peuple africain mérite autre chose et les sénégalais méritent ce qu’il y’a de meilleur. Donc on va se battre de toutes nos forces et effectivement avec l’aide de Dieu en 100 jours on a complètement changer le visage du marché. Si les ambitions sont à 10 je pense qu’on en est à 2 ou 3. Il nous reste encore beaucoup de chemin à faire. Dans peu de temps, on va passer à une étape supérieure pour vraiment moderniser la chaine de froid, l’espace de vente, le marché Djola, retravailler l’assainissement, etc. Ce sont des travaux qui nous attendent et cela nécessitent le soutien de l’Etat, le soutien des partenaires, le soutien des acteurs avec qui on travaille.

Les incendies sont récurrents dans les marchés. Au niveau du marché central quelles sont les dispositions qui ont été prises pour parer à toute éventualité ?

Les dispositions qui ont été prises c’est déjà réorganiser le marché. Aujourd’hui même s’il y’a des cas d’incendie les sapeurs-pompiers peuvent y accéder facilement. Tout ce qui est gargote et autres ont été enlevés. Le parc bois qui constituait une menace importante a été enlevé. Il y’a aussi un projet de modernisation qui sera entamé très tôt. On va travailler à ce qu’il ait des bouches d’incendie un peu partout dans le marché. Ça demandait beaucoup de moyens mais avec l’aide d’un partenaire sur le projet de modernisation qu’il va entamer avec le marché Djola, on va complètement sécuriser le marché en terme de bouches d’incendie. On aura aussi un forage au sein du marché comme ça en cas de coupure d’eau etc, on aura toujours les moyens nécessaires. Donc, beaucoup d’efforts ont été faits. Vous voyez des cas d’incendie dans beaucoup de marché sauf le marché central. Ça, ce sont des efforts constants et nous allons l’améliorer en mettant en place des bouches d’incendie pour permettre aux sapeurs-pompiers en cas d’incendie de pouvoir passer rapidement à l’acte de manière efficace.

Le monde traverse une crise avec la Covid-19. Avez-vous été impacté par la pandémie ?

On a été beaucoup impacté. Je rends grâce à Dieu parce que tous les marchés du Sénégal ont eu à être fermés même pendant une journée sauf le marché central au poisson. On a eu à faire beaucoup d’efforts pour anticiper sur cette pandémie-là. Moi je dis toujours aux gens qu’un marché doit être propre. Un marché doit être organisé parce que vous avez en général des virus, des pandémies à la base de la saleté, du manque d’hygiène. Même ce covid il est sorti d’un marché. Donc quand c’est arrivé, on a eu à faire beaucoup d’efforts. On a changé les horaires d’ouverture et de fermeture du marché. A l’entrée on a eu à faire beaucoup d’effort et les gens qui rentraient ils se lavaient les mains systématiquement, ils mettaient des masques, on a aménagé une zone de sensibilisation pour montrer aux gens quels sont les gestes barrières à mettre en place. On a aussi eu à espacer les tabliers etc. Tous les produits alimentaires ont été bannis du marché. Bien entendu tous ces efforts ont eu un impact financier réel sur le marché. Parce que les vendeurs de petit déjeuner, les changements d’horaires, entre autres, sont des manques à gagner pour le marché. Mais à l’époque on a eu un choix à faire entre privilégier la santé des populations et privilégier les recettes du marché. Le choix a été vite fait et on a privilégié la santé des populations. C’est très difficile et on a toujours du mal à s’en relever mais malheureusement on n’a pas eu jusqu’à présent d’accompagnement par rapport à cette pandémie. Je pense qu’un plan de relance spéciale pouvait être mis en place au niveau du marché central au poisson qui est un marché extrêmement important. On a eu à recevoir la visite de la commission force covid-19. Quand ils sont venus, ils ont salué le travail qui a été fait.

Vous avez donc enregistré des pertes avec la Covid-19 ?

Oui on a eu beaucoup de pertes qui avoisinent les 40 à 50%. Mais on s’est battu en mettant en place des stratégies. On a eu à acheter avec le soutien de la Bnde énormément de bacs pour se laver les mains. Il y’a plus de 200 bacs qui ont été mis à la disposition du marché. Tout ça a été important pour la lutte. On a certes eu des pertes mais cela ne nous a pas empêché de payer des salaires, ça ne nous a pas empêché de mettre en place un budget de fonctionnement qui continue à être mis en place. Maintenant on n’attend personne. Si ça arrive c’est une bonne chose et si ça n’arrive pas on va continuer à se battre pour positionner le marché en tant que leader en Afrique.

Vendeurs et mareyeurs dénoncent souvent une mauvaise gestion, l’insalubrité…de leur lieu de travail. Que répondez-vous à ces critiques ?

Le marché on n’a pas besoin de se pencher là-dessus. Le marché a changé de visage même si les difficultés persistent toujours. Vous savez que quand on parle de mauvaise gestion et qu’on n’a pas une visibilité sur la gestion c’est toujours comme ça. Pour parler de mauvaise gestion, il faut faire partir de la gestion. Je suis le directeur du marché central et je suis le seul habilité à avoir une visibilité réelle sur la gestion. Quand on a une mauvaise gestion on ne paye pas de salaires. Quand on a une mauvaise gestion le marché n’est pas propre. Quand on a une mauvaise gestion vraiment le marché subit des désagréments. Je dois reconnaître que le passage du Ter a eu un impact négatif pour le marché. On a eu à perdre beaucoup de recettes avec le Ter. La pandémie est venue se rajouter à ça. Malgré cela, le marché tient toujours débout. Ça, je pense que c’est dû à une bonne gestion. Maintenant, quand on parle d’insalubrité, vous voyez le marché il y’a une équipe de nettoiement le matin et une autre équipe le soir. Le ministère de l’hygiène publique nous a félicité et ils m’ont même invité dans un atelier pour dire aux autres comment faire pour avoir un marché propre comme le marché central.

Cheikh Moussa SARR

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