POLITIQUE

A L’ORIGINE DU DOSSIER SWEET-BEAUTY :Il y a un an éclatait l’affaire Ousmane Sonko-Adji Sarr

Vendredi 5 février 2021, il y a un an jour pour jour, s’agitait le milieu politique sénégalais au gré d’une plainte pour viols et menaces de mort contre Ousmane Sonko. A l’époque, le président de Pastef-Les Patriotes, arrivé troisième de la présidentielle qui a vu la réélection de Macky Sall en 2019, était au plus haut de sa popularité. C’est donc tout naturellement que l’information donnée par «Les Echos» a eu l’effet d’une bombe. Puisque le principal opposant à Macky Sall était sous le coup d’une plainte qui pouvait lui valoir un placement en détention. Le même jour, Ousmane Sonko dément, dans un post, l’information. Le ays est en ébullition. Le 7 février 2021, il convoque la presse à son domicile à Sacré Cœur 3 et révèle une terrible maladie dont il souffre. Il parle aussi de complot et appelle à un mortal Kombat. C’est ainsi que la tension a commencé à grimper avant d’atteindre un premier pic le 8 février 2021, quand Ousmane Sonko est convoqué par la gendarmerie nationale, mais refuse de se rendre à cette convocation en invoquant son immunité parlementaire. Mais c’est véritablement le 3 mars 2021, quand Ousmane Sonko a été arrêté alors qu’il se rendait au tribunal de Dakar, que les choses ont dégénéré. Et pendant près d’une semaine, le pays a failli basculer. A l’arrivée, environ 14 jeunes sont morts et de nombreux commerces pillés dans ces événements.

Le 5 février 2021, les Sénégalais se réveillaient avec une information que beaucoup avaient du mal à croire : Ousmane Sonko, le principal opposant à Macky Sall, est accusé de viols sous la menace d’une arme par l’employée d’un salon de massage dakarois, Adji Sarr. L’accusation cadrait mal avec l’image d’un cadre de haut niveau, «ibadou», intègre et incorruptible, qu’il avait cultivée jusque-là. Ancien inspecteur des impôts, entré en politique en 2014 avant de se distinguer en arrivant troisième à l’élection présidentielle de 2019, Ousmane Sonko a toujours été vu par les Sénégalais comme un homme intransigeant, un lanceur d’alertes à l’affût des dérives financières du régime de Macky Sall.
Tout a commencé le 3 février 2021, quand Adji Sarr, une jeune femme de 20 ans employée d’un salon de beauté, dépose plainte contre Ousmane Sonko pour «viols et menaces de mort» à la Section de recherches de la Gendarmerie. Elle l’accuse notamment de l’avoir violée à quatre reprises en la menaçant avec des armes, la dernière fois datant de la nuit du dépôt de sa plainte.

Ousmane Sonko révèle au peuple une terrible maladie dont il souffre depuis son enfance

Celui-ci réfute totalement ces accusations sur son compte Twitter en dénonçant un «complot» et une «tentative de liquidation politique» de la part du Président Macky Sall, destinée, dit-il, à empêcher sa candidature aux élections présidentielles de 2024. 48h plus tard, soit le dimanche 7 février, le leader de Pastef fait face à la presse vers 20h à son domicile. Il révèle au monde entier une maladie dont il souffre, une arthrose lombaire, depuis sa tendre enfance. Une maladie qui exige qu’il fasse des massages. Il reconnaît s’être rendu à Sweet Beauty après avoir fréquenté beaucoup de cliniques dont les soins sont hors de portée de ses capacités financières. Il réitère ses accusations contre Macky Sall, parle de complot avec l’ancien Procureur Serigne Bassirou Guèye et le ministre de l’Intérieur Antoine Diome. Sonko appelle alors à un mortal kombat et appelle les jeunes à prendre leurs responsabilités.
Mais, ce n’est pas suffisant pour interrompre la machine judiciaire déjà enclenchée. Ousmane Sonko est ainsi convoqué le 8 février par la Section de recherches de la Gendarmerie, mais refuse de se rendre à cette convocation en invoquant son immunité parlementaire. Le même jour, des dizaines de militants et sympathisants de la révélation politique sénégalaise de ces dix dernières années manifestent leur soutien devant le domicile de leur leader. Des heurts éclatent, alors que les forces de l’ordre tentent de disperser le rassemblement devant la maison de l’opposant.
Finalement, la convocation est annulée et la procédure de levée de son immunité parlementaire déclenchée.
Après cela, on note une baisse de la violence mais la surenchère verbale ne faiblit pas. Ses partisans et les opposants s’érigent en bouclier pour lui. «Si Macky Sall veut me liquider, il devra se salir les mains…», avait-il notamment lancé lors d’une conférence de presse, le 25 février 2021. «Je vous l’avais dit, Macky Sall n’en a cure du droit et des procédures. J’ai décidé d’invoquer mon droit constitutionnel naturel à la résistance à l’oppression. La nature humaine, c’est de résister à l’oppression quand elle s’exerce contre vous». «Quel que soit ce qui se passera demain dans leur machin, mon immunité restera intacte», a-t-il soutenu.

Son immunité parlementaire levée levée le 26 février, le pays commence à basculer

Le 26 février 2021, les députés de la majorité présidentielle, l’opposition ayant boycotté la plénière, votent à une large majorité — 98 pour, 1 contre et 2 abstentions — la levée de l’immunité parlementaire d’Ousmane Sonko, après des échanges tendus entre la majorité et l’opposition. Les députés de l’opposition avaient en effet quitté l’hémicycle avant le vote.
Après ce vote, Ousmane Sonko dénonce une procédure jugée «viciée et illégale». Il est convoqué par un juge d’instruction le 3 mars, mais il annonce qu’il ne répondra à aucune convocation de la justice. Aussitôt, le pouvoir l’accuse de faire un rétropédalage, l’invitant à répondre à la justice.
Finalement, l’opposant se résout à répondre à la justice, tout en affirmant ne «pas faire confiance à la justice» et en appelant ses soutiens à rester mobilisés. Le 3 mars, jour de la convocation, une foule immense l’accompagne. Sur le chemin, il est bloqué par les forces de l’ordre qui veulent lui imposer un itinéraire ; et après de longues discussions avec le préfet de Dakar, il accepte de choisir cet itinéraire. À la surprise de tout le monde, il est arrêté sur la route pour «troubles à l’ordre public et participation à une manifestation non autorisée» par la gendarmerie et le Gign, ce qui avait poussé «Les Echos» à plaquer à sa Une «Ousmane Sonko victime d’un lâche kidnapping».
Cet évènement créa le même jour, jusqu’à sa libération le 8 mars, de violents affrontements entre des jeunes et la police dans tout le pays, notamment des échanges de jets de pierres et des tirs de gaz lacrymogènes, entre des groupes de jeunes et la police. Les intérêts de la France sont attaqués. Des stations à essence de l’enseigne Total sont saccagées, plusieurs magasins de Auchan sont pillés.

Plusieurs morts non élucidés

Des manifestations ont lieu le lendemain, entraînant de violents affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. Un homme de 20 ans, Cheikh Coly, meurt pendant une de ces manifestations à Bignona. Les médias évoquent 12 morts pendant l’arrestation d’Ousmane Sonko. Le directeur d’Amnesty International Sénégal, Seydi Gassama, exige «une enquête indépendante pour faire la lumière sur les circonstances de ce décès», tandis que le gouvernement «condamne fermement les actes de violence, les pillages et destructions».
Le 6 mars, quatre morts sont recensés parmi les manifestants. Des saccages, pillages, dégradations de bâtiments publics et de biens privés sont qualifiés d’«actes de nature terroriste» par le ministère de l’Intérieur alors que la mort d’un collégien à Diaobé porte le bilan à cinq morts.

Contrôle judiciaire

Le 8 mars, jour de comparution d’Ousmane Sonko devant un juge d’instruction, des blindés de l’armée prennent position dans Dakar pour assurer le maintien de l’ordre et la protection des institutions. Le président de Pastef est officiellement inculpé par la justice et relâché sous contrôle judiciaire. La sortie d’Ousmane Sonko au tribunal est jugée par la population comme un soulagement qui sauva le pays d’un chaos sans précédent.
Le soir même, le Président Sall prend la parole, invite la population au «calme et à la sérénité» et à «éviter la logique de l’affrontement qui mène au pire». Ousmane Sonko invite lui les manifestants à renforcer leur mobilisation, qu’il qualifie de «révolution», tout en ajoutant «qu’il faut surtout qu’elle soit pacifique». Il assure que Macky Sall n’est plus «légitime à diriger le Sénégal», mais s’oppose à un renversement par la force, préférant la voie des élections présidentielles à venir en 2024.
Le 11 mars, une journée de deuil et de prières est organisée en mémoire des victimes des manifestations, au nombre de 10, selon le gouvernement et au moins 11, selon le mouvement de contestation. Le mouvement annonce également suspendre son appel à manifester le 13 mars, à la suite d’une demande de plusieurs chefs religieux. En échange, ils demandent notamment «la libération immédiate et sans conditions des prisonniers politiques incarcérés», l’«arrêt de la persécution des opposants» et la fin des poursuites contre Ousmane Sonko.

Sidy Djimby NDAO

LES ECHOS
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