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Sadio Mané nargue El Hadji Diouf et la génération 2002: « ils n’ont pas pu aller jusqu’au bout… »

Dans un entretien plein d’humilité donné au magazine France Football, Sadio Mané est revenu sur le triomphe du Sénégal en Coupe d’Afrique des nations. Le champion d’Afrique y a également évoqué sa personnalité. La rédaction de Seneposte vous propose cette semaine cet entretien en intégralité. Nous le publierons en quatre parties.

 

 

 

 

 

 

 

 

PARTIE 2/4

𝗖𝗼𝗺𝗯𝗶𝗲𝗻 𝗱𝗲 𝘁𝗲𝗺𝗽𝘀 𝗲̂𝘁𝗲𝘀-𝘃𝗼𝘂𝘀 𝗿𝗲𝘀𝘁𝗲́ 𝘀𝘂𝗿 𝘃𝗼𝘁𝗿𝗲 𝗻𝘂𝗮𝗴𝗲 ?

 

 

 

 

 

 

Si je vous le dis, vous ne me croirez pas …

 

 

 

 

 

𝐃𝐢𝐭𝐞𝐬 𝐪𝐮𝐚𝐧𝐝 𝐦𝐞̂𝐦𝐞 …

 

 

 

 

En fait, parfois encore, j’ai du mal à réaliser, même plus d’un mois après. Je suis seul dans mon salon et là je me mets à sourire et à me dire :«Ah oui, on l’a fait, on a gagné la CAN.» Comme si j’avais besoin de me le répéter souvent pour y croire, tellement c’est énorme. Pourtant, je sais un peu ce que c’est de gagner. J’ai déjà remporté une Ligue des champions et un Mondial des clubs en 2019, une Premier League en 2020 … Mais là, ça surpasse tout. Il ne se passe pas une heure sans que j’y repense. Au point que, quand j’appelle encore des amis, je ne peux pas m’empêcher de leur dire : « Hé, mon frère, on a gagné la CAN ! »

 

 

 

 

(Il éclate de rire.) En fait, je crois que le petit gamin de Bambali a juste du mal à réaliser qu’il a accompli son rêve le plus fou, celui auquel il n’imaginait même pas avoir droit. Je me revois encore écouter à la radio les matches des Lions parce qu’on n’avait pas la télé. Je les imaginais sur la pelouse, je tremblais avec eux. Et j’exultais avec eux. Ils me faisaient rêver. Et maintenant, c’est moi qui rêve avec eux. Et je ne veux surtout pas que ça s’arrête.

 

 

 

 

𝐐𝐮’𝐞̂𝐭𝐞𝐬-𝐯𝐨𝐮𝐬 𝐚𝐥𝐥𝐞́ 𝐝𝐢𝐫𝐞 𝐚̀ 𝐌𝐨 𝐒𝐚𝐥𝐚𝐡, 𝐯𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐞𝐧𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐞𝐧 𝐜𝐥𝐮𝐛, 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐭𝐞𝐧𝐭𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐥𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐨𝐥𝐞𝐫?

 

 

 

 

 

 

 

On s’était beaucoup chambrés avant la CAN et je me doutais qu’il était forcément très déçu. Je n’allais tout de même pas le laisser sans un mot. Ce que j’ai fait, il l’aurait fait de la même manière si le sort avait été contraire. Je lui ai dit des mots assez simples pour essayer de le récon­forter, en lui demandant de ne pas se lais­ser abattre.

 

 

 

 

 

𝐒𝐮𝐫𝐭𝐨𝐮𝐭 𝐪𝐮’𝐢𝐥 𝐩𝐨𝐮𝐫𝐫𝐚 𝐩𝐫𝐞𝐧𝐝𝐫𝐞 𝐬𝐚 𝐫𝐞𝐯𝐚𝐧𝐜𝐡𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐪𝐮𝐞𝐥𝐪𝐮𝐞𝐬 𝐣𝐨𝐮𝐫𝐬 𝐚̀ 𝐥’𝐨𝐜𝐜𝐚𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞𝐬 𝐛𝐚𝐫𝐫𝐚𝐠𝐞𝐬 𝐪𝐮𝐚𝐥𝐢𝐟𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐟𝐬 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐂𝐨𝐮𝐩𝐞 𝐝𝐮 𝐦𝐨𝐧𝐝𝐞 (𝐥𝐞 𝟐𝟓 𝐦𝐚𝐫𝐬 𝐚𝐮 𝐂𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐞𝐭 𝐥𝐞 𝟐𝟗 𝐦𝐚𝐫𝐬 𝐚̀ 𝐃𝐢𝐚𝐦𝐧𝐢𝐚𝐝𝐢𝐨) …

 

 

 

 

Ça ne va pas être facile de retrouver cette équipe revancharde. Mais je pense que le Sénégal sera prêt.

 

 

 

 

𝐀̀ 𝐥’𝐢𝐬𝐬𝐮𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐟𝐢𝐧𝐚𝐥𝐞, 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐪𝐮𝐢 𝐚 𝐞́𝐭𝐞́ 𝐯𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐩𝐫𝐞𝐦𝐢𝐞𝐫 𝐜𝐨𝐮𝐩 𝐝𝐞 𝐭𝐞́𝐥𝐞́𝐩𝐡𝐨𝐧𝐞? 𝐏𝐨𝐮𝐫 𝐯𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐦𝐚𝐦𝐚𝐧, 𝐒𝐚𝐭𝐨𝐮 𝐓𝐨𝐮𝐫𝐞́, 𝐪𝐮𝐢 𝐯𝐨𝐮𝐬 𝐚𝐯𝐚𝐢𝐭 𝐞𝐧𝐠𝐮𝐞𝐮𝐥𝐞́ 𝐚𝐮 𝐛𝐨𝐮𝐭 𝐝𝐮 𝐟𝐢𝐥 𝐥𝐨𝐫𝐬 𝐝𝐞 𝐯𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐯𝐞𝐧𝐮𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐮𝐧 𝐬𝐭𝐚𝐠𝐞 𝐚̀ 𝐌𝐞𝐭𝐳 𝐞𝐧 𝟐𝟎𝟏𝟏 𝐩𝐚𝐫𝐜𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐯𝐨𝐮𝐬 𝐧𝐞 𝐥’𝐚𝐯𝐢𝐞𝐳 𝐩𝐚𝐬 𝐩𝐫𝐞́𝐯𝐞𝐧𝐮𝐞?

 

 

 

 

 

 

 

Forcément. Je me souviens de ce coup de fil. Quand je l’ai appelée, elle m’a dit : « Qu’est-ce que tu es parti faire là-bas? Tu te fatigues pour rien. Je connais plein de footballeurs meilleurs que toi qui ont passé leur vie à courir après leur rêve sans y parvenir et se retrouvent sans rien après. Alors, arrête tes bêtises, rentre et retourne à l’école! » Heureuse­ment, je ne l’ai pas écoutée. (Il marque une  pause.)

 

 

 

 

 

 

 

Mais après, elle m’a beaucoup aidé. On s’appelle chaque jour. Et le soir de la finale, comme d’habitude, elle n’a pas regardé le match car elle a trop peur. Elle m’a avoué avoir perdu sept kilos durant la CAN tellement elle stressait.

 

 

 

 

 

 

 

Au bout du fil, je lui ai alors dit: « Maintenant, il faut aller manger car c’est fini. On a gagné. » Elle m’a répondu : « Ah, vous avez vraiment gagné?» C’est certainement la seule Sénégalaise qui n’était pas devant son poste de télévision ce soir-là. Pourtant, il y avait plus de trois cents personnes devant chez moi qui tentaient de tout lui raconter. Mais elle ne voulait pas trop écouter. Après mon penalty raté, elle m’a expliqué qu’elle était allée s’isoler à côté du fleuve. C’est de là qu’elle m’a envoyé toutes ses prières.

 

 

 

 

 

𝐕𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐢𝐝𝐨𝐥𝐞 𝐄𝐥-𝐇𝐚𝐝𝐣𝐢 𝐃𝐢𝐨𝐮𝐟 𝐞́𝐭𝐚𝐢𝐭 𝐩𝐫𝐞́𝐬𝐞𝐧𝐭 𝐚̀ 𝐘𝐚𝐨𝐮𝐧𝐝𝐞́, 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐝’𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞𝐬 𝐦𝐞𝐦𝐛𝐫𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐟𝐚𝐦𝐞𝐮𝐬𝐞 𝐠𝐞́𝐧𝐞́𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝟐𝟎𝟎𝟐 (𝐪𝐮𝐚𝐫𝐭-𝐟𝐢𝐧𝐚𝐥𝐢𝐬𝐭𝐞 𝐝𝐮 𝐌𝐨𝐧𝐝𝐢𝐚𝐥). 𝐐𝐮𝐞 𝐯𝐨𝐮𝐬 𝐚-𝐭-𝐢𝐥 𝐝𝐢𝐭?

 

 

 

 

 

 

Il a fait partie d’une génération qui était peut-être plus talentueuse que la nôtre. Mais ils n’ont pas pu aller jusqu’au bout. Alors, surpasser les résultats de ces joueurs-là, forcément, ça marque. Et je n’oublierai pas leurs gentils mots ni leur danse dialgati qui a duré toute la nuit, tou­tes générations confondues, avec notre coach Aliou Cissé. C’était vraiment beau.

 

 

 

 

 

 

 

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